Djassé Bidane « Nous avons découvert une Chine qui ne se contente pas de rêver son développement, mais qui le planifie et le transforme en réalité »

Par Désiré KOSSI

(bulletin info) – Conseiller en Technologie de l’Information et de la Communication (TIC) du ministre de la Sécurité et membre de la délégation togolaise ayant participé au séminaire sur le leadership des jeunes et la vision globale du Togo en Chine, M. Djassé Bidane revient sur une expérience qu’il juge particulièrement enrichissante. De la formation aux visites de terrain à Harbin et Shanghai, il évoque les principaux enseignements tirés de cette immersion, ses découvertes ainsi que les pistes susceptibles d’être mises au service du développement du Togo.

À travers son regard de spécialiste des TIC, il met également en lumière le rôle de la technologie dans la transformation économique, sociale et institutionnelle de la Chine.

 

Forum de la Semaine : Monsieur Djassé Bidane, vous venez de prendre part au séminaire sur le leadership des jeunes et la vision globale du Togo. Quel bilan personnel faites-vous de cette formation ?

Djassé Bidane : Le premier sentiment qui m’anime est celui de la satisfaction et de la reconnaissance. Ce séminaire a constitué une expérience particulièrement enrichissante, tant sur le plan professionnel que personnel. Nous avons eu l’occasion de réfléchir au leadership, à la vision stratégique, au développement et, surtout, à la responsabilité des jeunes dans la construction de leur pays.

L’un des grands mérites de cette formation est qu’elle ne s’est pas limitée aux enseignements théoriques. Elle nous a permis de confronter les connaissances acquises aux réalités du terrain.
J’ai surtout retenu que le véritable leadership ne consiste pas simplement à diriger. Il suppose d’avoir une vision, de savoir anticiper, de mobiliser les compétences et de créer les conditions nécessaires pour transformer cette vision en résultats.
Cette expérience nous invite donc à repenser notre manière d’agir. En tant que jeunes professionnels, nous devons être capables de regarder au-delà de nos responsabilités immédiates et de comprendre comment notre travail peut contribuer à la transformation globale du pays, sous la haute impulsion de Son Excellence Monsieur le Président du Conseil, Faure Gnassingbé.


Forum de la Semaine : Le programme comportait également des visites de terrain à Harbin et à Shanghai. Quelle valeur ajoutée ces immersions ont-elles apportée à la formation reçue ?
Djassé Bidane : Elle est considérable. Pour moi, il s’agit même de l’un des aspects les plus importants du séjour. Une formation en salle permet de comprendre des concepts, d’écouter des expériences et d’échanger avec des experts. Mais lorsque l’on sort de la salle pour observer directement les réalisations sur le terrain, on appréhende autrement les enseignements reçus.
À Harbin comme à Shanghai, nous avons pu constater concrètement comment une vision de développement peut se traduire dans l’organisation d’une ville, les infrastructures, l’innovation, les services et, plus largement, dans les conditions de vie des citoyens.
Harbin nous a permis de découvrir une autre facette de la Chine, marquée par son histoire, son patrimoine et son développement. Shanghai, quant à elle, nous a offert l’image d’une métropole résolument tournée vers l’avenir, l’innovation et l’ouverture internationale.
Cette immersion nous a ainsi permis de passer de la théorie à la réalité. C’est précisément ce qui donne, à mon sens, toute sa valeur à ce type de séminaire.

Forum de la Semaine : En tant que Conseiller TIC du ministre de la Sécurité, quels enseignements avez-vous particulièrement retenus de l’utilisation de la technologie en Chine ?

 

Djassé Bidane : La Chine nous montre que la technologie n’est pas simplement un outil supplémentaire, mais un véritable levier de transformation de l’État, de l’économie et de la société. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est son intégration dans la vie quotidienne et dans le fonctionnement des services publics, à travers les systèmes intelligents, les infrastructures modernes, l’automatisation et les solutions numériques.
Dans le domaine de la sécurité intérieure, j’ai notamment été impressionné par l’utilisation généralisée des caméras de vidéosurveillance, des radars destinés à renforcer le respect du Code de la route, des bodycams pour améliorer la transparence des interventions, ainsi que des moyens de communication permettant une meilleure coordination des équipes sur le terrain.
Ces technologies contribuent à renforcer la prévention, la réactivité et l’efficacité des services de sécurité.
Mais l’enseignement essentiel est que derrière la technologie se trouvent avant tout une vision, une stratégie et une organisation. Il ne suffit pas d’acquérir des équipements. Il faut également disposer des infrastructures nécessaires, développer les compétences humaines et inscrire ces outils dans une politique cohérente, adaptée aux réalités nationales.
Pour le Togo, l’enjeu consiste donc à développer ses propres capacités technologiques, à renforcer la formation des ressources humaines et à concevoir ou adopter des solutions adaptées à ses besoins.
Dans le secteur de la sécurité, cette dynamique peut notamment contribuer à améliorer la prévention, la coordination entre les services, la gestion et le partage de l’information, la communication opérationnelle ainsi que la capacité de réaction des forces.

Forum de la Semaine : Entre Harbin et Shanghai, quelles découvertes ou quelles réalités vous ont le plus impressionné ?

Djassé Bidane : Il y en a plusieurs. Mais au-delà des infrastructures spectaculaires, c’est surtout la capacité d’organisation qui m’a impressionné.
Lorsque l’on observe Shanghai, on comprend qu’une grande métropole ne peut fonctionner efficacement sans planification, discipline et coordination. Tout semble participer à une logique d’ensemble, pensée et planifiée sur plusieurs décennies.
J’ai également été marqué par le rapport entre tradition et modernité. La Chine a connu une transformation technologique et économique remarquable tout en conservant une identité culturelle forte.
À Harbin, nous avons découvert cette dimension historique et culturelle. Shanghai nous a davantage montré la Chine moderne, économique et technologique. Ces deux villes nous ont finalement offert deux lectures complémentaires d’un même pays.
Elles nous enseignent qu’un pays peut avancer rapidement vers la modernité sans nécessairement renoncer à ce qu’il est.

Forum de la Semaine : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la notion de « vision globale » qui était au cœur de ce séminaire ?

Djassé Bidane : Pour moi, avoir une vision globale signifie d’abord comprendre que le monde est devenu profondément interdépendant. Un professionnel togolais ne peut plus évoluer en regardant uniquement ce qui se passe à Lomé ou au Togo. Les transformations technologiques, économiques, sécuritaires et géopolitiques qui interviennent ailleurs ont nécessairement des répercussions chez nous.
La Chine nous a donné une illustration concrète de cette capacité à penser à long terme et à l’échelle internationale, à communiquer clairement une vision à chaque génération et à impliquer l’ensemble des acteurs.
Mais avoir une vision globale ne signifie pas copier les autres. Cela signifie savoir observer, comprendre, analyser et déterminer ensuite ce qui peut être adapté à nos propres réalités.
C’est une leçon essentielle pour notre jeunesse : nous devons être ouverts sur le monde tout en restant profondément attachés à nos propres objectifs de développement. Lorsqu’on n’a pas les moyens de sa politique, il faut avoir la politique de ses moyens.

Forum de la Semaine : Maintenant que vous êtes de retour au Togo, comment cette expérience peut-elle concrètement être transformée en actions utiles pour notre pays ?

Djassé Bidane : La première chose est de ne pas considérer ce séjour comme un simple voyage ou comme une expérience personnelle. Nous avons une responsabilité de restitution. Nous devons rendre compte à nos supérieurs hiérarchiques, partager les connaissances acquises avec nos collègues, nos administrations, nos communautés professionnelles et, plus largement, avec la jeunesse togolaise.
L’idée d’écrire un livre consacré aux principaux enseignements de cette expérience me traverse d’ailleurs l’esprit.
Ensuite, il faut identifier les domaines dans lesquels certaines expériences chinoises pourraient être adaptées au contexte togolais : transformation numérique, formation professionnelle, innovation et entrepreneuriat, modernisation des services publics, écologie, énergie ou encore agriculture.
Mais je le répète : il ne s’agit nullement de reproduire mécaniquement le modèle chinois. Le Togo doit construire son propre modèle en s’inspirant des expériences susceptibles de lui être utiles.
Ce que nous pouvons surtout retenir de la Chine, c’est cette culture de la vision, de la planification, de la formation, de l’innovation et de la persévérance.

Forum de la Semaine : Pour terminer, quel sentiment gardez-vous de ce séjour et quel message adressez-vous aux jeunes Togolais à votre retour ?

Djassé Bidane : Je rentre avec beaucoup d’enthousiasme, mais également avec un profond sentiment de responsabilité. Ce que nous avons vu et appris en Chine doit nous conduire à croire davantage en notre capacité à construire.
Un pays ne se transforme pas uniquement par les diplômes. Il se transforme par le travail, la compétence, la détermination, la discipline, l’innovation et la continuité dans l’action.
Je voudrais donc dire à la jeunesse togolaise qu’il faut oser apprendre, oser découvrir le monde et, surtout, oser revenir avec des idées claires pour son pays.
Notre séjour en Chine nous a permis de mesurer ce qu’une vision portée dans la durée peut produire. Nous avons vu des villes qui ont connu des transformations considérables et qui continuent pourtant à se projeter vers l’avenir.
Le véritable enseignement que je ramène est donc simple : nous devons regarder loin, penser grand, apprendre des autres, mais surtout agir continuellement chez nous.
Si chacun, à son niveau, accepte de mettre ses connaissances et ses expériences au service du bien collectif, alors ce séminaire n’aura pas seulement été une belle expérience. Il constituera un véritable investissement dans le développement du Togo.

 

Source : Forum de la Semaine, entretien réalisé par Dimas DZIKODO.

 

@Bulletin info

E-Mail: kossidesire16@gmail.com

Tél : (00228) 91 56 11 20/99 15 31 35. Pour vos reportages, publicités et annonces contacter le service commercial de votre site bulletin info.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *