par Désiré KOSSI
(Bulletin Info) – Face à un phénomène qui fait chaque année plusieurs milliers de victimes, le Togo renforce sa riposte contre les morsures de serpents. Pour la première fois, une campagne nationale de sensibilisation consacrée à cette menace sanitaire vient d’être lancée à Lomé. Le coup d’envoi a été donné mercredi 23 septembre 2026, lors d’une conférence de presse organisée par le ministère de la Santé, à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux morsures de serpents, célébrée chaque 19 septembre.

Cette campagne entend surtout mieux informer les populations sur les risques liés aux envenimations, les premiers réflexes à adopter et, surtout, les pratiques à éviter. L’objectif est de réduire les décès et les séquelles parfois irréversibles provoqués par ces accidents, particulièrement dans les zones rurales et agricoles.
Près de 18 000 cas en six ans
Les chiffres présentés lors de la rencontre donnent la mesure du défi. Entre janvier 2020 et décembre 2025, le Togo a enregistré 17 942 cas de morsures de serpents, dont 268 décès. Durant la même période, 27 366 sérums antivenimeux (SAV) ont été administrés aux victimes.
Chaque année, le pays enregistre officiellement entre 2 500 et 4 000 cas. En 2024, 3 357 cas ont été recensés contre 3 043 en 2025. Malgré cette forte incidence, le nombre de décès a connu une évolution favorable au cours des dernières années : il est passé de 61 décès en 2020 à 30 en 2024, avant de remonter légèrement à 36 en 2025.
Sur les six années étudiées, 15 265 personnes ont été guéries, soit un taux de guérison de 85,07 %, tandis que la létalité globale s’établit à environ 1,5 %.
Ces données montrent également que les hommes de plus de 15 ans sont les plus exposés. Ils représentent 47,53 % des cas, devant les femmes de plus de 15 ans, qui comptent pour 27,89 %. Les moins de 15 ans représentent pour leur part 24,58 % des victimes, soit 4 411 cas.
Kara, Centrale et Plateaux particulièrement exposées
La répartition géographique des cas met en évidence une forte concentration dans les zones agricoles. Dix districts sanitaires des régions de la Kara, Centrale et des Plateaux ont enregistré chacun plus de 500 cas entre 2020 et 2025.
Cette situation s’explique notamment par l’exposition des populations aux activités agricoles et aux milieux où les serpents trouvent des refuges. Les travailleurs agricoles figurent ainsi parmi les personnes les plus vulnérables, tout comme les enfants qui accompagnent parfois les adultes dans les travaux champêtres.
Pour le coordonnateur national du Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées (PNMTN), Dr Gnossikè Piham, la prévention doit donc occuper une place centrale dans la réponse nationale. Il recommande notamment aux personnes vivant ou travaillant en milieu rural de porter des bottes pendant les travaux champêtres et d’éviter les maisons inachevées susceptibles de servir d’abri aux serpents.

Le Togo mise sur la sensibilisation et l’accès aux soins
La campagne lancée à Lomé vise également à corriger certaines croyances et pratiques qui peuvent aggraver l’état des victimes. Le message des autorités sanitaires est sans ambiguïté : une morsure de serpent constitue une urgence médicale.
« Toute victime doit être conduite sans délai vers la formation sanitaire la plus proche », a rappelé le secrétaire général du ministère de la Santé, Dr Kokou Wotobé.
Il déconseille notamment les scarifications, les incisions, la pose de garrots ou encore l’application de produits sur la plaie. Ces pratiques peuvent provoquer des complications et retarder l’accès au traitement approprié.
Le sérum antivenimeux demeure le traitement spécifique recommandé contre les envenimations. Pour faciliter son accès, l’État a mis en place une subvention qui ramène le prix du SAV à 15 000 francs CFA, contre 45 000 francs CFA sans subvention.
Cette mesure s’inscrit dans un ensemble d’actions engagées par le gouvernement et ses partenaires. Entre 2024 et 2025, 108 formateurs issus des équipes cadres de district ont notamment été formés. Quelque 1 500 guides de prise en charge et 1 000 affiches ont également été produits et diffusés. Des émissions radiophoniques de sensibilisation ont par ailleurs été réalisées dans plusieurs districts sanitaires.
Un essai clinique sur les antivenins, conduit par l’Institut de médecine tropicale de la Liverpool School of Tropical Medicine, est également en cours au CHU Kara, au CHR Sokodé et au CHP Kanté.
Des stocks encore insuffisants
Malgré ces avancées, les autorités sanitaires reconnaissent que plusieurs difficultés demeurent. Il s’agit notamment de la disponibilité régulière des sérums antivenimeux, de la formation continue du personnel de santé, surtout dans les centres de santé périphériques, ainsi que de l’accès géographique et financier aux soins.
La gestion des sérums est assurée par la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG), qui approvisionne les formations sanitaires. Des ruptures de stock peuvent toutefois encore survenir.
La nouvelle campagne de sensibilisation veut donc rapprocher davantage l’information des communautés, notamment celles vivant dans les zones les plus exposées.
Changer les réflexes pour sauver des vies
Pour les autorités sanitaires, l’enjeu de cette première campagne nationale est aussi de faire évoluer les comportements. En cas de morsure, la victime doit rester calme, limiter ses mouvements, immobiliser le membre atteint et rejoindre rapidement une formation sanitaire.
Il est surtout recommandé de ne pas poser de garrot, ne pas inciser la plaie, ne pas tenter de sucer le venin et ne pas appliquer de produits ou de remèdes non éprouvés.
La population est également invitée à prendre des précautions dans les zones à risque : port de bottes et de pantalons longs, utilisation d’une lampe lors des déplacements nocturnes et maintien des habitations et de leurs abords propres et dégagés.
Le Togo entend ainsi faire de la prévention un levier majeur de lutte contre les envenimations. Avec près de 18 000 cas et 268 décès en six ans, les chiffres montrent l’ampleur du défi. Mais ils témoignent aussi des progrès réalisés dans la prise en charge et de la nécessité de poursuivre les efforts pour que chaque victime puisse accéder rapidement au traitement qui peut lui sauver la vie.
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