Par Désiré KOSSI le 26 décembre 2025
(Bulletin info) – Figure centrale du sérail camerounais depuis plusieurs décennies, longtemps perçu comme un successeur crédible de Paul Biya, René Emmanuel Sadi se retrouve aujourd’hui exposé à une rivalité feutrée mais tenace au sommet de l’État. En toile de fond, une lutte d’influence avec le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, qui révèle les fractures d’un pouvoir en recomposition.
Au sommet de l’État camerounais, les mots pèsent parfois davantage que les décisions. Le 8 juillet 2025, alors que ministres et parlementaires sont réunis au palais présidentiel pour préparer l’élection présidentielle du 12 octobre, l’atmosphère se charge d’une tension inhabituelle.Dès l’entame de la séance, le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, surprend par la fermeté de son propos. Sous couvert d’introduction, ses remarques, à peine voilées, semblent viser directement le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi.
La scène, en apparence anodine, agit comme un révélateur. Elle met en lumière le malaise croissant qui entoure celui qui fut longtemps considéré comme l’un des barons les plus solides du régime et, surtout, comme un dauphin potentiel du président Paul Biya. Fin connaisseur des arcanes du pouvoir, rompu aux équilibres subtils du système camerounais, René Emmanuel Sadi découvre désormais la brutalité d’un rapport de force qui ne dit pas son nom.
Depuis plusieurs mois, les signaux d’un déclassement progressif se multiplient. Sans être officiellement désavoué, le ministre de la Communication apparaît de plus en plus isolé, relégué à un rôle institutionnel strict, tandis que le centre de gravité du pouvoir se déplace autour de la présidence et de son secrétaire général. Dans ce jeu d’ombres, chaque prise de parole, chaque silence, chaque inflexion de ton devient un indice scruté par les initiés.
Cette rivalité, qui dépasse les personnes, illustre une recomposition plus large des cercles décisionnels à l’approche d’une échéance présidentielle cruciale. À Yaoundé, la succession, bien que jamais explicitement ouverte, nourrit les calculs, exacerbe les susceptibilités et fragilise les anciennes certitudes. René Emmanuel Sadi, jadis perçu comme un homme de continuité et de consensus, se retrouve malgré lui au cœur de ces turbulences.
Derrière la façade d’un pouvoir immuable, le cas Sadi révèle ainsi les lignes de fracture d’un régime vieillissant, où la loyauté ne garantit plus la protection, et où l’ancienneté peut se muer en handicap. Le malaise d’un baron, autrefois incontournable, devient alors le symptôme d’un système en quête de nouveaux équilibres, à l’heure où l’après-Biya, sans jamais être nommé, s’impose dans tous les esprits.

