Par Désiré KOSSI le 8 janvier 2026

 

(Bulletin info) – Alors que les voies diplomatiques apparaissent durablement obstruées et que les affrontements persistent entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23, les pays de la région des Grands Lacs tentent de conjurer le spectre d’une régionalisation du conflit. En l’absence de progrès politiques notables, ce sont désormais les instances militaires qui prennent le relais des discussions.

 

La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), actuellement placée sous la présidence de la RDC, a convoqué une réunion extraordinaire à caractère sécuritaire réunissant ses douze États membres. Celle-ci se tiendra du 8 au 10 janvier à Livingstone, en Zambie, avec pour objectif déclaré d’examiner la dégradation rapide de la situation dans l’est congolais et les risques qu’elle fait peser sur l’ensemble de la sous-région.

 

Prévenir la contagion sécuritaire
Dans une note interne consultée par Jeune Afrique, la CIRGL dresse un constat alarmant : depuis la dernière réunion des ministres de la Défense, tenue le 11 novembre à Kinshasa, la situation sécuritaire et humanitaire s’est considérablement détériorée. La proximité immédiate des combats avec les frontières internationales, conjuguée à la présence d’une multitude de groupes armés et de forces dites négatives, accroît de manière significative le risque d’incidents transfrontaliers et de déstabilisation régionale, affectant tout particulièrement le Burundi.

 

La Zambie, pays hôte de la rencontre, se sent également directement concernée. Partageant avec la RDC sa plus longue frontière terrestre, elle pourrait être exposée à des répercussions majeures si les rebelles poursuivaient leur avancée vers le sud, notamment en direction du Katanga, région stratégique sur le plan minier. « Nous aspirons à la stabilité dans cette zone. Toute instabilité aurait inévitablement des conséquences économiques jusque sur notre territoire », a déclaré à la télévision nationale Paul Shalala, porte-parole du ministère zambien de la Défense, soulignant la volonté de son pays de voir s’instaurer une paix durable de part et d’autre de la frontière.

 

Une réunion à forte portée politique
Les travaux de Livingstone s’articuleront en trois temps : une réunion d’experts en défense le 8 janvier, suivie d’un conclave des chefs d’état-major, avant la tenue, le samedi 10 janvier, d’un sommet des ministres de la Défense. Les organisateurs se veulent rassurants quant à l’atteinte du quorum requis huit États sur douze sans toutefois révéler la liste complète des délégations attendues.

 

La participation éventuelle du Rwanda constitue l’un des enjeux majeurs de cette séquence diplomatique et militaire. Kigali est en effet directement mis en cause par les États-Unis dans l’expansion territoriale récente de l’AFC/M23. Officiellement, la CIRGL se garde cependant de toute désignation explicite et se contente de condamner les actions du mouvement rebelle. Cette prudence sémantique illustre les profondes divergences d’interprétation du conflit au sein de l’organisation et la difficulté, pour ses membres, de s’accorder sur une lecture commune de la crise.

 

Au-delà des considérations opérationnelles, la réunion de Livingstone devra ainsi relever un défi fondamental : restaurer un minimum de confiance entre des États aux intérêts souvent divergents, condition indispensable à toute stratégie concertée visant à enrayer l’escalade militaire et à préserver la stabilité fragile de la région des Grands Lacs.

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