par Désiré KOSSI le 6 janvier 2026
(Bulletin info) – Au Togo, la justice transitionnelle a cessé d’être un simple exercice de mémoire. Elle est devenue, au fil des années, un chantier concret, structuré et assumé, orienté vers la réparation des injustices sociopolitiques et la restauration de la dignité des victimes. Dix années d’efforts soutenus, près de 30 milliards de francs CFA mobilisés et 33 331 victimes indemnisées : ces chiffres traduisent une volonté politique affirmée de transformer la reconnaissance des torts en actes réparateurs tangibles.
Au cœur de ce processus, le Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN), sous l’impulsion de Mme Awa Nana Daboya et de son équipe, s’est illustré par une disponibilité constante, une rigueur institutionnelle et un engagement humain rarement égalés dans les mécanismes de justice transitionnelle en Afrique de l’Ouest. Leur action méthodique a permis de faire passer la justice réparatrice du discours à la réalité vécue par des milliers de citoyens.
Une reconnaissance officielle des souffrances longtemps enfouies
Pendant des décennies, les victimes des violences sociopolitiques survenues entre 1958 et 2015 ont vécu dans l’attente, parfois dans l’oubli, souvent dans la précarité morale et matérielle. Pertes humaines, blessures physiques, traumatismes psychologiques, destructions de biens et de moyens de subsistance ont durablement affecté des familles entières et des communautés entières.
L’indemnisation engagée par l’État togolais constitue, au-delà de sa portée financière, un acte politique et moral fort. Elle consacre la reconnaissance officielle de ces souffrances par la République elle-même, réhabilitant les victimes dans leur pleine citoyenneté et leur rendant une place dans l’histoire nationale.
Une justice réparatrice à visage humain et inclusif.
La démarche togolaise se distingue par une approche globale, refusant toute hiérarchisation réductrice des douleurs. Les réparations ne concernent pas uniquement les victimes directes, mais englobent également les familles endeuillées, les orphelins et les communautés affectées, conscientes que les crises sociopolitiques ont profondément fragilisé le tissu social dans son ensemble.
Sous la coordination d’Awa Nana et de ses collaborateurs, les préjudices ont été identifiés, évalués et traités à travers des mécanismes institutionnels transparents, progressifs et crédibles. Cette constance dans l’action a permis d’instaurer un climat de confiance entre l’État et les citoyens bénéficiaires.
Des chiffres qui traduisent l’ampleur de l’engagement de l’État
Sur le plan financier, l’effort consenti est sans précédent. 29,6 milliards de francs CFA ont été mobilisés en dix ans à travers huit phases successives du fonds spécial d’indemnisation.
Sur ce montant :
24,8 milliards FCFA ont été affectés directement aux réparations,
23,6 milliards FCFA versés sous forme d’indemnisations financières individuelles,
832 millions FCFA consacrés aux réparations communautaires,
203 millions FCFA alloués aux réparations mémorielles,
144 millions FCFA destinés aux bourses d’études pour les orphelins.
À ces montants s’ajoutent 4,8 milliards FCFA de dépenses de fonctionnement, reflet de la complexité et de la durabilité du dispositif mis en place.
33 331 vies reconnues, 33 331 trajectoires réhabilitées
Depuis le lancement effectif du programme en 2017, 33 331 victimes ont été indemnisées. Derrière ce chiffre, se cachent autant de parcours brisés puis partiellement reconstruits. Pour beaucoup de bénéficiaires, ces réparations ont permis de relancer une activité économique, de subvenir aux besoins familiaux ou de retrouver une place sociale dans un environnement apaisé.
L’action patiente et continue du HCRRUN, portée par la disponibilité personnelle d’Awa Nana et l’engagement de son équipe, a donné un visage humain à une politique publique souvent perçue comme abstraite.
Réparer pour réconcilier, réconcilier pour durer
Au-delà des indemnisations individuelles, la justice réparatrice s’impose comme un outil stratégique de réconciliation nationale. En reconnaissant les injustices, en les réparant et en les inscrivant dans une mémoire collective assumée, le Togo consolide les fondations d’une paix durable et prévient la résurgence des fractures sociopolitiques.
La paix, ici, ne se proclame pas : elle se construit patiemment, par la reconnaissance des souffrances, la réparation des torts et le respect de la dignité humaine. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’expérience togolaise, qui transforme les douleurs du passé en leviers de cohésion pour l’avenir.
Ainsi, à travers la justice réparatrice, le Togo avance, rassemblé, vers un destin commun plus serein, où chaque citoyen peut se reconnaître dans la promesse républicaine.

