Par Désiré KOSSI le 6 janvier 2026
(bulletin info) – Réunis en conférence de presse conjointe le 5 janvier 2026, plusieurs partis politiques et organisations citoyennes togolaises ont vivement critiqué le pouvoir en place à la suite de la libération récente de certains détenus politiques. Si cet acte est salué comme un soulagement pour les familles concernées, les signataires estiment qu’il relève davantage d’une stratégie de diversion que d’une réelle volonté d’apaisement.
Ils exigent la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, le retour sans condition des exilés, des réponses concrètes à la vie chère et appellent les Togolais à poursuivre la lutte pour la dignité, la liberté et le respect de l’ordre constitutionnel.
Une libération jugée tardive et contrainte
Dans une déclaration liminaire au ton particulièrement ferme, les acteurs politiques et citoyens réunis ont qualifié la récente vague de libérations de détenus politiques d’« acte arraché sous pression ». Selon eux, cette décision serait intervenue à la suite des mobilisations internes, du plaidoyer des organisations internationales de défense des droits humains et des interpellations de rapporteurs spéciaux des Nations Unies, appuyés par divers partenaires.
Tout en exprimant leur soulagement pour les familles des personnes libérées, les signataires ont tenu à remercier l’ensemble de ceux qui, souvent dans la discrétion, ont contribué à ces avancées. Ils ont notamment cité plusieurs figures emblématiques récemment libérées, devenues, selon eux, le symbole des souffrances et des injustices subies par de nombreux Togolais.
Un « pompier pyromane » au sommet de l’État ?
Malgré ces libérations, l’opposition estime que le pouvoir se livre à une posture cynique, assimilée à celle d’un « pompier pyromane » : créer la crise, puis se présenter comme celui qui l’apaise. Pour les conférenciers, les personnes concernées n’auraient jamais dû être privées de liberté, leurs arrestations étant qualifiées d’arbitraires et liées uniquement à l’expression de leurs opinions politiques.
Ils rappellent que de nombreux autres détenus politiques restent incarcérés dans des conditions jugées inhumaines, citant plusieurs noms, et évaluent à près de soixante-dix le nombre de prisonniers encore privés de liberté. Pour eux, une véritable politique d’apaisement passe nécessairement par la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques, sans exception.
Exil politique et crise sociale : des urgences ignorées
Au-delà de la question carcérale, les signataires ont souligné le drame de l’exil politique, conséquence directe, selon eux, de la gouvernance actuelle. Ils exigent le retour sécurisé et sans condition de tous les Togolais contraints de quitter le pays, estimant que cette mesure est indissociable de la libération des prisonniers politiques et constitue un préalable à toute réconciliation nationale.
Par ailleurs, la conférence de presse a largement abordé la dégradation des conditions de vie. Les acteurs de l’opposition jugent insuffisantes les aides ponctuelles annoncées par le gouvernement et appellent à des mesures structurelles durables, notamment la baisse des prix des produits de première nécessité. Ils dénoncent également les risques d’augmentation des tarifs de l’électricité, de l’eau et des taxes, qu’ils considèrent inacceptables dans le contexte actuel.
Discours présidentiel contesté et rupture constitutionnelle dénoncée
Les signataires se sont montrés particulièrement critiques à l’égard du discours de fin d’année du chef de l’État, qu’ils qualifient de répétitif et déconnecté des réalités vécues par les populations. Ils rejettent les notions de protection, de rassemblement et de transformation mises en avant, estimant que la persistance des arrestations politiques, de la précarité économique et des tensions sociales en démontre l’inanité.
Ils dénoncent également la réforme institutionnelle ayant supprimé l’élection du président de la République au suffrage universel direct, y voyant une rupture grave de l’ordre constitutionnel et un recul démocratique majeur.
Un appel solennel à la résistance citoyenne
En conclusion, les signataires ont lancé un appel appuyé aux Togolais, les exhortant à ne pas céder à la peur, à revendiquer leurs droits fondamentaux et à persévérer dans la lutte pour la dignité et la liberté. Ils invitent les forces démocratiques, tant à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora, à renforcer leur coordination et à inventer de nouvelles formes de mobilisation adaptées au contexte actuel.
« L’histoire retient ceux qui, malgré la peur, ont choisi de rester debout », ont-ils rappelé, appelant à refuser toute forme de résignation face à l’injustice et à œuvrer collectivement pour un Togo fondé sur la justice, la liberté et la souveraineté populaire.

