par Désiré KOSSI le 24 mai 2026
(Bulletin info) – Dans les collines verdoyantes de la préfecture de Wawa, au cœur de l’une des principales zones cacaoyères du Togo, le gouvernement togolais et le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) ont franchi une étape majeure dans la valorisation du cacao national. Le samedi 23 mai 2026, le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a procédé à l’inauguration officielle du tout premier Centre de traitement post-récolte de cacao d’excellence à Kessibo-Abréwankor.

Cette infrastructure moderne, présentée comme une référence nationale, ambitionne de hisser durablement le cacao togolais parmi les produits les plus prisés des marchés internationaux de niche, notamment celui du cacao fin et aromatisé.

Une zone stratégique au cœur de la production cacaoyère
Située dans la préfecture de Wawa, réputée pour la qualité de ses plantations, la localité de Kessibo-Abréwankor apparaît désormais comme un maillon essentiel de la nouvelle stratégie agricole togolaise. Cette région des Plateaux, où le cacao constitue une importante source de revenus pour les populations rurales, bénéficie d’un environnement climatique favorable à une production de haute qualité.

Le choix d’y implanter ce centre ne relève donc pas du hasard. Il répond à la volonté des autorités de rapprocher les infrastructures de transformation des bassins de production afin d’améliorer les traitements post-récolte et de garantir un cacao répondant aux standards internationaux les plus exigeants.
Une infrastructure moderne au service de la qualité
Construit sur une superficie de 1,37 hectare grâce à un investissement de 160 millions de francs CFA financé par le CCFCC, le centre s’inspire des modèles d’excellence développés au Cameroun.

L’infrastructure comprend notamment un magasin de stockage de 25 tonnes, un hall de fermentation de 78 m², cinq tunnels de séchage, des dortoirs, un vestiaire, un bloc sanitaire, un système d’adduction d’eau potable ainsi qu’une électrification solaire.
Afin de faciliter la collecte des fèves dans les treize villages impliqués dans le projet, le centre est également équipé de motos et de tricycles.
Dès sa première année d’exploitation, l’objectif affiché est de produire environ 100 tonnes de cacao d’excellence destinées aux marchés spécialisés, où les prix peuvent atteindre le double des cours conventionnels.

Le Togo mise sur la qualité pour s’imposer
Prenant la parole devant un parterre d’autorités administratives, politiques, traditionnelles et de partenaires internationaux, le ministre Badanam Patoki a souligné l’importance stratégique de cette infrastructure pour l’avenir du secteur cacaoyer togolais.
« Le Togo est un petit pays producteur de cacao dans le monde. Nous ne pouvons que nous appuyer sur la qualité du produit pour nous affirmer à l’international », a déclaré le ministre.

Selon lui, ce centre constitue bien plus qu’un simple outil technique. Il représente un véritable levier de transformation économique capable d’améliorer les revenus des producteurs, de créer des emplois pour les jeunes et les femmes et d’accroître la contribution du cacao à l’économie nationale.
» L’exploitation du Centre de traitement post-récolte du cacao d’excellence optimise la qualité du cacao togolais. Elle permet d’inscrire le Togo sur la liste des pays exportateurs de cacao fin et aromatisé », a-t-il ajouté, avant de saluer l’ambition de produire dès la première année environ 100 tonnes de cacao premium.
Le ministre a également rappelé que cette initiative s’inscrit dans la dynamique de la feuille de route gouvernementale portée par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé.

Enselme Gouthon salue une avancée historique
Le secrétaire général du CCFCC, Enselme Gouthon, principal artisan du projet, n’a pas caché sa satisfaction face à l’aboutissement de cette infrastructure qu’il considère comme un tournant majeur pour la filière cacao.
« Le Togo est un pays avec une production modeste. Mais la qualité de son cacao lui vaut une très bonne réputation à l’international. Cette performance devrait être préservée, voire améliorée », a-t-il affirmé.

Pour lui, le centre de Kessibo-Abréwankor constitue un projet pilote destiné à servir de modèle dans d’autres zones de production du pays. Deux infrastructures similaires sont d’ailleurs annoncées dans les préfectures de Blitta et d’Agou.

Dans un second temps, Enselme Gouthon a insisté sur la dimension technique et pédagogique du projet.
« Ce centre sera aussi une plateforme de renforcement des capacités des producteurs et des techniciens en matière de traitement post-récolte. Sur ces bases, le Togo ambitionne de s’inscrire sur la liste restreinte des pays producteurs de cacao “fin et aromatisé” dans le monde », a-t-il expliqué.
Le responsable du CCFCC a également précisé que la gestion du centre sera confiée à l’Union des Sociétés Coopératives des Producteurs de Café et de Cacao (USCPCC) IBA « COOP-CA » de Badou, à travers une convention entre les différentes parties.

Une cérémonie marquée par une forte présence institutionnelle et internationale
L’inauguration a mobilisé plusieurs personnalités nationales et étrangères, témoignant de l’intérêt grandissant autour du cacao togolais.
Étaient notamment présents le ministre délégué chargé de l’Énergie et des Ressources minières, le gouverneur de la Région des Plateaux, des maires de la préfecture de Wawa, des sénateurs ainsi que des autorités administratives et traditionnelles.
La cérémonie a également enregistré la participation du Directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), du Directeur exécutif du Conseil interprofessionnel du cacao et du café du Cameroun (CICC), ainsi que de chocolatiers français membres du « Club des Chocolatiers Engagés », accompagnés de partenaires de « La Maison des Evelynes ».
Cette présence internationale illustre l’intérêt croissant des acteurs du chocolat haut de gamme pour le cacao togolais, déjà distingué à plusieurs reprises lors du concours international Cocoa of Excellence.

Des producteurs togolais récompensés
L’événement a aussi été marqué par la remise officielle d’attestations aux lauréats togolais du concours Cocoa of Excellence 2025.
Deux producteurs de l’USCPCC IBA « COOP-CA » Aboudou-Moumouni Maman et Koffi Ekouadji, ont remporté deux médailles d’or dans la catégorie Afrique et Océan Indien, confirmant la réputation grandissante du cacao togolais sur la scène internationale.
Une nouvelle dynamique pour les filières agricoles
Au-delà du cacao, le gouvernement togolais entend poursuivre la structuration des chaînes de valeur agricoles. Après l’ouverture récente de « La Maison du café, le terroir » à Lomé, un centre dédié à la qualité du café devrait également voir le jour prochainement.
En mettant en place ce centre, le Togo affiche clairement son ambition : transformer ses filières agricoles en moteurs de compétitivité, d’emplois et de croissance économique durable. Le pays pose ainsi les bases d’une nouvelle ère pour son cacao, désormais tourné vers les marchés les plus exigeants et les plus rémunérateurs du monde.

