Par Désiré KOSSI le 15 juin 2026
(Bulletin info) – Le Groupement national des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics du Togo (GNEBTP) tire la sonnette d’alarme sur la situation préoccupante que traverse le secteur. À l’occasion des premiers « Media Days » organisés le 11 juin dernier, l’organisation professionnelle a dressé un état des lieux marqué par de nombreuses contraintes, tout en appelant à une mobilisation accrue des pouvoirs publics et des établissements bancaires.

Placée sous le thème « Le BTP au cœur du développement : comprendre pour mieux agir », cette rencontre inédite a réuni des chefs d’entreprises, des représentants de l’Ordre national des architectes du Togo, de l’Ordre national des ingénieurs du Togo, des laboratoires d’essais ainsi qu’une trentaine de journalistes. L’objectif était de favoriser une meilleure compréhension des enjeux du secteur et de faire des professionnels des médias des relais éclairés des défis auxquels font face les acteurs du BTP.
Intervenant au cours des échanges, Paul K. Akounona, ingénieur en génie civil diplômé de l’ENSI-Lomé, directeur général et responsable de Design Control, a souligné l’importance stratégique du secteur dans le développement national. Selon lui, « Un secteur du BTP mal maîtrisé, dépourvu de cohésion, constitue un manque à gagner majeur pour le développement d’un pays. C’est de l’argent public, du temps perdu, et surtout des infrastructures qui ne remplissent pas leur mission ».
Il a également rappelé la complexité de la chaîne des responsabilités dans l’exécution des travaux publics. « En matière de travaux publics, l’autorité compétente demeure l’Etat. Mais l’exécution mobilise une constellation d’acteurs : bureaux d’études, bureaux de contrôle, entreprises, bailleurs de fonds. Chacun porte une part de responsabilité déterminante. Il est donc impératif d’instaurer une synergie réelle, pour que chaque maillon assume pleinement son rôle et que, in fine, les résultats escomptés soient atteints », a-t-il expliqué.
À cet effet, l’expert a identifié plusieurs dysfonctionnements et formulé des recommandations spécifiques à l’endroit des différents intervenants, notamment le renforcement du professionnalisme des entreprises, l’évolution du rôle des bureaux d’études et de contrôle vers davantage de conseil, la mise à disposition des ressources au moment opportun pour les maîtres d’ouvrage, ainsi qu’une accélération des procédures de financement.

Dans le même temps, le président du GNEBTP, Yawo Agbessi Tsogbé, a dressé un tableau particulièrement préoccupant de la situation des entreprises du secteur. « Nos entreprises sont résilientes, mais elles sont aujourd’hui essoufflées », a-t-il déclaré, mettant en avant plusieurs facteurs de fragilisation, notamment la faiblesse des études techniques, les retards récurrents de paiement et les difficultés d’accès au crédit.
Pour le dirigeant du groupement, ces contraintes, auxquelles s’ajoute la flambée des coûts des matériaux de construction, expliquent en grande partie les retards observés dans l’exécution de certains chantiers, souvent imputés exclusivement aux entreprises de travaux publics.
« Soutenir les entreprises du secteur, c’est soutenir la croissance, l’emploi et l’économie de tout le Togo. Nous disposons des compétences, de l’expertise et de la volonté. Nous avons besoin d’un écosystème sain, d’études de qualité, de paiements réguliers et de banques partenaires engagées », a ajouté M. Tsogbé.
Il convient de rappeler qu’à travers ces premiers « Media Days », le GNEBTP entend ainsi ouvrir un cadre de dialogue et de sensibilisation autour d’un secteur considéré comme l’un des leviers essentiels du développement économique et de la modernisation des infrastructures du pays.

